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Cancérologie - Bien nourrir la tumeur pour la rendre vulnérable

Pr Vincent Grégoire, chef de clinique associé, Service de radiothérapie oncologique

Vincent GrégoireLe sang, mais aussi les vaisseaux qui l'acheminent et les nutriments qu'il véhicule (l'oxygène notamment) constituent le fil rouge des travaux que mènent pas moins de cinq laboratoires de l'UCL afin de trouver une nouvelle stratégie thérapeutique contre le cancer. Dans tous ces travaux en effet, il est question non pas d'affronter la tumeur directement, mais d'agir sur son micro-environnement afin d'améliorer les traitements existants.

La cellule tumorale a besoin de sang. Pour la tuer, des chercheurs ont d'abord pensé l'en priver. Cette approche étant prometteuse mais exigeante, les spécialistes de l'UCL l'ont abandonnée. Constatant que les traitements traditionnels donnaient des résultats insatisfaisants à cause d'un problème d'irrigation de la cellule tumorale, ils ont tenté de lui assurer un meilleur approvisionnement sanguin, en parfaite synchronisation avec les chimios et/ou radiothérapies. Lesquelles sont devenues nettement plus efficaces.

La pertinence de cette logique a été plusieurs fois vérifiée sur divers modèles en laboratoire, ce qui a permis de démontrer qu'elle est faisable mais qu'elle nécessite encore beaucoup de recherches. Il faut en effet s'assurer que cette technique élimine la tumeur sans abîmer les cellules saines. C'est donc à pas mesurés qu'il convient d'appliquer cette stratégie nouvelle aux patients.

Cinq laboratoires, un seul objectif

Le laboratoire d'Olivier Feron fournit une connaissance sur la vascularisation acquise dans le domaine de la cardiologie. Car le cœur aussi, mais pour de bonnes raisons, a besoin d'apports sanguins. Ce laboratoire s'efforce de trouver les substances qui pourraient contribuer à fournir transitoirement davantage d'oxygène aux cellules tumorales.

Bernard Gallez est plutôt spécialisé dans les techniques les plus sophistiquées de l'imagerie et il met la compétence de son laboratoire au service d'une meilleure visualisation des flux sanguins à l'intérieur des organes malades du cancer. Ce qui est indispensable pour bien évaluer les tentatives d'une meilleure oxygénation des tissus tumoraux, pour comparer les divers produits disponibles et aussi s'assurer qu'il n'y a pas (trop) de dommages collatéraux.

Jean-Luc Gala a quant à lui réuni une équipe de spécialistes de la biologie moléculaire qui s'efforce d'élucider jusqu'au niveau des gènes les mécanismes impliqués dans la résistance ou la sensibilité aux traitements. De nombreux laboratoires dans le monde mènent des recherches dans ce domaine; l'équipe de l'UCL s'est limitée à l'étudier dans les vaisseaux sanguins de la tumeur.

Les deux derniers laboratoires sont dirigés par des cliniciens. Vincent Grégoire s'efforce de mettre en place des stratégies pour transférer au patient ce qui a été mis au point sur des animaux. Et cela plus particulièrement dans le domaine des tumeurs de la tête et du cou pour rendre les radiothérapies (qui sont ici les plus utilisées) plus efficaces. François Jamar et Stanislas Pauwels appliquent de leur côté les mêmes principes aux thérapies dites "métaboliques". Ces thérapies utilisent un vecteur dont on connaît l'affinité pour les cellules tumorales et que l'on couple à une substance toxique pour ces cellules.

En conclusion, de telles stratégies existent, mais il y a encore beaucoup à faire pour les rendre aussi efficaces que le malade est en droit de l'espérer.