Pr Philippe Noirhomme, chef du Département cardiovasculaireLe cœur est loin d'être inusable. Ce muscle peut être pris d'un accès de faiblesse au cours de nombreuses circonstances. Cette situation se résume sous l'appellation d'insuffisance cardiaque. Cette pathologie préoccupe les cardiologues du monde entier. Ceux de l'UCL aussi, évidemment. Dans leur pratique quotidienne, mais aussi dans le domaine de la recherche.
Prenons d'emblée la situation extrême de la pompe cardiaque vraiment très déficiente, sans espoir de la voir reprendre le dessus. Actuellement, la seule option concrète est la transplantation. Mais il ne faut pas se faire d'illusions: cette technique sera toujours limitée par le manque chronique d'organes disponibles. Si bien que les "cœurs artificiels" qui permettent actuellement aux patients les plus sévèrement atteints de "tenir le coup" (en attendant une éventuelle récupération de leur fonction cardiaque ou un organe à transplanter), pourraient, un jour, devenir des "prothèses" définitives. Pour y parvenir, de nombreux écueils techniques doivent être vaincus. Le Département cardiovasculaire de l'UCL y travaille en collaboration avec l'industrie. Les membres de cette équipe testent de nouveaux appareillages, de nouveaux matériaux et font des suggestions à leur fabricant. Participer au développement de ces "machines" que l'on pourrait qualifier de semi-finies est le seul moyen d'être à la pointe et de pouvoir disposer de ces appareils salvateurs dès le moment où ils seront totalement opérationnels.
Parallèlement, des recherches sont menées dans une toute autre voie: celle qui consiste à tenter de remodeler le muscle cardiaque (le myocarde) par des transplantations cellulaires. Les nombreux essais en cours apportent une série impressionnante de questions non résolues. Quelles cellules utiliser? Celles du patient? Celles d'un donneur? Celles dont on disposerait dans une banque? A quel moment réaliser cette intervention? Comment et où injecter les cellules? De quelle médication faut-il accompagner cette procédure? Faut-il un traitement anti-rejet et si oui, pendant combien de temps? Faut-il préparer lesdites cellules avant de les réinjecter? Etc. L'équipe de l'UCL n'est pas en reste en ce domaine et teste plusieurs hypothèses sur des modèles animaux. Et s'efforce d'en tirer des conclusions pertinentes.
A toutes ces recherches, il y a un préalable: un diagnostic de plus en plus sophistiqué doit toujours pouvoir être posé. Par exemple, pour réparer le myocarde, il faut savoir exactement à quel point il est atteint et où se situent précisément les dommages. Pour ce faire, un nouveau dispositif d'imagerie a été mis au point et comprend des scanners à très haute définition, la résonance magnétique nucléaire et l'échographie en trois dimensions. L'essentiel désormais n'est plus d'avoir une image statique du cœur, mais de le voir battre, de réaliser une imagerie dynamique.
De tels appareillages existent mais, outre leur coût extrêmement élevé, il n'est pas encore possible de les utiliser en routine, surtout dans le domaine de l'interprétation des données. Il y a donc place pour des recherches universitaires avant de pouvoir disposer d'outils permettant de connaître parfaitement la structure du cœur et la composition du myocarde.
Cette "nouvelle" imagerie s'utilise également dans un autre domaine
d'excellence: celui de la réparation des valves. Il est bien clair qu'il convient
de disposer de la meilleure technique de diagnostic pour trouver des
indications à cette pratique qui présente de très grands avantages.
De nouvelles procédures opératoires sont aussi mises au point sur modèle
animal et doivent être testées sur l'homme. Il convient d'assurer le suivi à long
terme de tous les patients opérés, ce qui implique la gestion d'un très grand
nombre de dossiers.
Encore un défi pour la recherche en cardiologie!