Tamara est née d'une mère artificiellement ménopausée à cause du
traitement de son cancer et qui avait bénéficié d'une transplantation
de son propre tissu ovarien. Un aboutissement mais aussi un
démarrage. Car il reste beaucoup à faire pour que cette procédure
devienne routine. Et le temps presse puisque, notamment grâce aux progrès
de la chimiothérapie, cette technique va être de plus en plus demandée. On
estime en effet qu'en 2010, un adulte sur 250 aura survécu à un cancer. De plus
en plus de patient(e)s seront donc désireux(ses) de procréer alors que le
traitement de leur tumeur aura fortement diminué ou annihilé leur fertilité.
La naissance de Tamara aux Cliniques Saint-Luc et d'un autre bébé en Israël ont
démontré la faisabilité du prélèvement d'une partie de l'ovaire avant la
chimiothérapie, de sa conservation ensuite dans l'azote liquide (avec plus
de 200 échantillons cryopréservés, la banque de l'UCL est la plus importante au
monde!) et de sa réimplantation dans ou près de l'ovaire. Les programmes
de recherche en cours visent à optimaliser les diverses phases de cette
procédure.
Toutefois, il y a des cas où cette technique ne peut s'appliquer. Par exemple,
lorsqu'il existe des craintes que des cellules cancéreuses se trouvent dans le
tissu ovarien. Le réimplanter risquerait alors de provoquer une récidive. C'est
pourquoi l'équipe de gynécologie de l'UCL tente, en collaboration avec d'autres
départements de l'Université, d'isoler des follicules primordiaux présents dans
le tissu prélevé dans l'ovaire. Ces follicules minuscules (leur diamètre n'excède
pas un vingtième de millimètre) sont les "ancêtres" des ovules; la femme en
possède environ 600.000 exemplaires à la naissance.
Il faut alors les conserver et en assurer la maturation in vitro (90 jours chez
l'être humain!), ce qui nécessite une connaissance approfondie de leur
biologie. Le travail est en cours sur la souris.
Transplanter un ovaire entier
Une autre option mise à l'étude concerne les femmes dont le cancer a nécessité une irradiation importante de la sphère génitale. Il faut alors envisager un prélèvement et une réimplantation de l'ovaire entier. La difficulté réside dans la conservation à long terme de cet organe (qui doit être perfusé avant congélation). Les recherches en ce sens progressent bien. Une question se pose quant au don d'organe: une femme ayant bénéficié d'un don de moelle de sa sœur pourrait-elle également recevoir un de ses ovaires? Si ce don est techniquement envisageable, il doit être étudié sur le plan éthique et immunologique.
Chez le garçon, a priori, les choses sont plus simples: il est très aisé de lui demander un échantillon de sperme et de le conserver dans l'azote liquide. Sauf si le cancer se déclare avant l'âge de la puberté. Cet écueil pourrait être contourné en prélevant dans le testicule, avant le traitement du cancer, des spermatogonies. Ces cellules précurseurs des spermatozoïdes peuvent être ensuite réimplantées dans le testicule lorsque le patient souhaite donner la vie; les spermatogonies peuvent aussi être amenées à maturation en laboratoire pour produire des spermatozoïdes qui seront directement injectés dans des ovocytes. Ces méthodes sont en cours d'évaluation pour leur transfert à l'être humain.
Et dans le futur?
Ici encore, la thérapie cellulaire pourrait aider les patients souffrant d'infertilité. Il est théoriquement possible que des cellules-souches prélevées par exemple dans la moelle osseuse puissent être artificiellement amenées à se transformer en cellules susceptibles d'assurer une progéniture à des personnes pour qui toutes les autres options auraient échoué. Ce n'est ni pour demain, ni pour après-demain. Mais la chose mérite d'être étudiée.