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Maladies du sang... augmenter les chances de guérison

Pr Christiane Vermylen, chef du Service d'hématologie et d'oncologie pédiatrique

Christiane VermylenParmi les nombreuses maladies du sang, la leucémie est sans doute la plus redoutée. Mais il faut savoir qu'elle peut présenter de nombreuses formes dont certaines sont particulièrement bien guérissables. Ce qui ne signifie nullement que les chercheurs peuvent se reposer sur leurs lauriers. Bien au contraire, il convient qu'ils capitalisent sur leurs succès, qu'ils s' efforcent de réduire encore le nombre de cas qui ne sont pas traités avec succès, qu'ils puissent aussi diminuer la toxicité des drogues utilisées.

Ce défi, la Fondation Salus Sanguinis* aide à l'affronter depuis quelques années. Et ses chercheurs ont encore beaucoup d'idées dans leurs cartons, qu'ils ne demandent qu'à mettre en œuvre. Deux axes sont privilégiés, ils concernent des recherches prenant pour exemple les leucémies les plus fréquentes chez l'adulte (la leucémie lymphoïde chronique) et chez l'enfant (la leucémie lymphoblastique aiguë).

Une de ces recherches tourne autour du concept de chimiorésistance. Soit d'emblée, soit après quelques mois de traitement, chez certains patients, les cellules leucémiques deviennent résistantes au traitement, lequel devient dès lors inopérant. Les mécanismes impliqués ont fait l'objet de nombreuses recherches qui ont abouti à montrer que cette résistance peut passer par quatre voies bien distinctes. Les chercheurs ont sélectionné trois voies d'approche novatrices qui paraissent particulièrement prometteuses.

La première vise à comprendre pourquoi et comment dans certains cas les médicaments ne sont pas activés quand ils entrent en contact avec la cellule maligne. Une protéine (dite dCK) a été identifiée qui semble être essentielle à cette activation et il reste à montrer pourquoi chez certains patients elle est légèrement modifiée et dès lors incapable d'aider le médicament à jouer son rôle.

Seconde approche: normalement le traitement provoque chez la cellule maligne diverses lésions qui l'incitent à activer un processus parfaitement naturel de suicide (apoptose, en terme scientifique). Il est des cas où la cellule semble "nier" les lésions en question et ne déclenche pas la fameuse apoptose. Comprendre pourquoi pourrait ouvrir la voie à un traitement qui restaurerait cette propriété suicidaire chez les cellules qu'il convient d'éliminer.

Enfin, les avancées considérables des techniques de génétique ouvrent la voie à ce que l'on pourrait appeler une pêche à l'aveugle: une comparaison à très grande échelle entre les gènes qui sont activés dans une cellule qui répond bien au traitement et ceux qui le sont dans une cellule résistante. A la clé: la découverte potentielle d'un mécanisme de chimiorésistance tout à fait inconnu jusqu'ici...

Autre axe de recherche: la pharmacogénétique, ou l'art de comprendre à la fois l'efficacité d'un traitement et sa toxicité. Il est connu que, tous, nous répondons de manière très différente à un traitement rigoureusement semblable. La raison en est que ledit traitement interagit avec notre organisme, et que de subtiles différences génétiques suffisent à rendre un médicament ou totalement inoffensif ou extrêmement toxique. En prenant l'exemple du méthotrexate, une drogue très couramment utilisée non seulement dans le cas des leucémies, mais aussi de nombreuses autres tumeurs, les chercheurs de l'UCL développent des méthodes de laboratoire très sophistiquées pour comparer le patrimoine génétique des globules blancs de patients ayant bien répondu au traitement à celui de patients qui ont connu des complications (chez qui, donc, le médicament aura été anormalement toxique) ou une rechute (qui intervient quand le traitement a été trop peu efficace). L'idée ultime étant bien entendu d'adapter finement le traitement à la réponse prévisible du patient.

*La Fondation Salus Sanguinis, soutient la recherche dans le domaine des maladies du sang.