Retour à la homepage

Les psycho-neurosciences, au croisement de deux parallèles

Pr Dominique Charlier, chef de clinique, Service de psychiatrie infanto-juvénile

Dominique CharlierEn médecine pas plus qu'ailleurs, les parallèles ne sont censées se rejoindre. C'est pourtant le défi que s'est lancé le pôle psychoneurosciences que coordonne Dominique Charlier. Avec cette difficulté supplémentaire qu'ici, les parallèles trouvent leur origine dans des endroits diamétralement opposés.

En effet, les neurosciences partent de l'infiniment petit, du neurone, des éléments chimiques qui lui permettent de fonctionner. Et tentent de voir comment tous les neurones s'orchestrent pour former un cerveau. De son côté, la psychodynamique voit l'individu dans sa totalité, et tente d'aborder avec lui la manière dont il orchestre, bien ou mal, ses souffrances, sa vie, son comportement. Les deux disciplines auraient pu éternellement s'ignorer et considérer - comme l'ont écrit les professeurs suisses François Ansermet et Pierre Magistretti, respectivement spécialistes en psychiatrie et en neurologie- "A chacun son cerveau"... Alors que, fondamentalement, l'objectif des uns et des autres doit être d'apporter un peu de réconfort, voire de guérison, à ceux dont la santé mentale et neurologique est en difficulté.

Tous les projets que ce pôle réunit se situent donc à la convergence des deux approches et rassemblent les compétences remarquables, mais jusque là éparses des psychologues, des neurologues, des thérapeutes, des biologistes, des neurochirurgiens, des radiologues, etc.

Ces dernières années, une telle équipe a apporté un éclairage original sur les formes précoces de l'autisme. Une autre s'attache désormais à repérer les traits psychotiques que peuvent présenter certains enfants en pré-adolescence. Beaucoup de questions subsistent dans ce domaine: existe-t-il vraiment une forme pédiatrique de la schizophrénie? Comment évolue-t-elle? Quel traitement apporter? Manifestement, extrapoler à l'enfant ce que l'on sait des psychoses majeures de l'adulte ne peut suffire. Des recherches fondamentales s'imposent.

Autre exemple: les troubles de la mémoire sont fréquents chez la personne âgée, mais sont-ils des signes avant-coureurs de la maladie tant redoutée d'Alzheimer? Quels sont les tests qui permettent de distinguer de simples trous de mémoire liés à l'âge de troubles infiniment plus inquiétants? Et comment les distinguer d'une diminution des capacités intellectuelles consécutive à des états anxieux ou dépressifs relativement fréquents chez les personnes âgées? Une expérimentation est en cours pour tenter d'y parvenir, au sein de la Clinique de la mémoire de Saint-Luc.

Un dernier exemple de convergence entre la médecine "physique" et la médecine "psy": l'Unité d'hépatologie (maladies du foie) a ouvert une consultation spécialisée pour les alcooliques pathologiques, des patients qui posent une véritable énigme. Pourquoi ce comportement destructeur? Pourquoi cette envie de boire chez des personnes qui sont parfaitement conscientes des conséquences catastrophiques de leur comportement? Psychiatres et psychologues travaillent actuellement sur une hypothèse qui semble vérifiée sur au moins un tiers des alcooliques: en schématisant fortement, ils seraient incapables d'exprimer leurs états émotionnels. Ils boivent là où d'autres crient leur rage, leur tristesse. Cet état s'appelle l'alexithymie et il mérite certainement d'être davantage étudié tant sur le plan fondamental que sur le plan clinique. Pour rappel, 7% des Belges sont, d'une façon ou d'une autre, dépendant à l'alcool...

Par ailleurs, toujours dans le cadre du pôle des psycho-neurosciences, plusieurs études multidisciplinaires sont entreprises pour mieux comprendre le fonctionnement de diverses aires du cerveau dans la rééducation après un accident vasculaire cérébral ("attaque"), et ainsi évaluer la place du refroidissement du corps à 33° dans le traitement de l'arrêt cardiaque et son intérêt pour protéger le fonctionnement cérébral et enfin le rôle des processus inflammatoires dans l'hémorragie méningée.