Mucoviscidose : les enjeux cruciaux de la recherche

Vers un traitement curatif de la maladie pulmonaire ?

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Mucoviscidose : les enjeux cruciaux de la recherche

La mucoviscidose est une maladie héréditaire grave dont on ne guérit pas. Du moins pas encore. Le Pr Patrick Lebecque, spécialiste de la mucoviscidose et responsable de l’Unité de pneumologie pédiatrique et mucoviscidose des Cliniques universitaires Saint-Luc, nous parle des enjeux de la recherche.

La mucoviscidose affecte en Belgique près d’un nouveau-né sur 3.500 (environ 35 naissances par an). Cette pathologie héréditaire attaque de nombreux organes, à l’exception du cerveau, mais c’est l’atteinte pulmonaire qui est responsable de l'essentiel de la morbidité et conditionne le pronostic vital. Le diagnostic est le plus souvent posé avant l’âge d’un an. La forme clinique la plus fréquente associe troubles respiratoires, troubles digestifs et troubles de la croissance.  
La mucoviscidose est une maladie tout à fait particulière. Très multidisciplinaire, sa prise en charge optimale n’est possible qu’en milieu universitaire.

Un cercle vicieux… souvent fatal

« Le gène en cause dans la mucoviscidose est situé sur le chromosome 7 qui code pour une protéine, la protéine CFTR,  impliquée dans le transport d’ions et fonctionnant notamment comme un canal chlorure », explique le Pr Patrick Lebecque, spécialiste de la mucoviscidose à Saint-Luc. La déficience de cette protéine entraîne une stagnation du mucus respiratoire et en favorise l’infection. Un cercle vicieux s’enclenche où infection et inflammation mènent à une destruction des voies aériennes puis des tissus environnants. 
« Il y a soixante ans, les enfants atteints de mucoviscidose décédaient, en moyenne, vers l’âge d’un an, poursuit le spécialiste. Aujourd’hui, un patient diagnostiqué tôt, dans un pays médicalisé et pris en charge de manière précoce dans un centre de qualité, a une espérance de vie moyenne de l’ordre de cinquante ans. Toutefois, la mucoviscidose reste une maladie très hétérogène et ces statistiques ont assez peu de valeur pour un patient donné. » 

En quelques décennies, son pronostic s’est spectaculairement amélioré grâce à une meilleure compréhension de la maladie et aux progrès de traitements symptomatiques. Il reste pourtant nécessaire de développer une approche plus fondamentale, « curative », de la maladie pulmonaire qui fait la gravité de l’affection. 

Traitements symptomatiques : les apparences d’un triomphe de la médecine 

Les traitements disponibles traitent les conséquences annoncées de la maladie en essayant souvent d’être proactifs, mais pas vraiment la cause. « C’est un traitement dont la lourdeur au (très) long cours maintenant – on parle bien de décennies - n’a pas d’équivalent dans la médecine à ce jour », déplore le Pr Lebecque. A base notamment d’aérosols, d’antibiothérapie et de kinésithérapie, ce traitement ampute en moyenne chaque journée de deux heures et il coûte très cher, ce qui le met actuellement hors de portée de certains pays, même en Europe.  
Dans les meilleurs centres, cette approche permet aujourd’hui à plus de 90% des patients d’atteindre l’âge adulte avec une fonction respiratoire très bien préservée. Pour près de 5% des malades malheureusement, l’influence délétère d’autres facteurs, sans doute génétiques, rend inéluctable une destruction plus rapide des poumons.

Ces limitations expliquent pourquoi il est nécessaire de développer un traitement « curatif », plus fondamental, de l’atteinte pulmonaire. « Le traitement idéal serait beaucoup plus léger, accessible financièrement et permettrait, par une action très en amont des symptômes, d’empêcher la destruction des poumons et de transformer ainsi radicalement le pronostic de la maladie. Seuls les patients dont l’atteinte respiratoire serait encore très limitée au moment de sa découverte profiteraient pleinement d’un tel traitement : ce qui est détruit est détruit. »

La prise en charge actuelle de la mucoviscidose est souvent comparée à un véritable marathon pour les patients, les familles, les soignants. Des menaces économiques s’amoncellent sur la poursuite de ces traitements symptomatiques. « Un sprint vital vers d’autres perspectives s’y ajoute aujourd’hui et c’est de la recherche clinique et fondamentale que dépend son issue », conclut le Pr Lebecque.

 Où en est la recherche ?

Les chercheurs explorent plusieurs pistes telles que la thérapie génique, les cellules souches ou l’approche pharmacologique. Cette dernière et, en particulier, l’option qui vise à développer des médications ciblées en fonction du type de mutations de chaque patient est la plus prometteuse. « Cette voie-là avance vraiment. On connaît plus de 1500 mutations du gène CFTR et elles peuvent être classées en 5 grands groupes, selon leur retentissement sur la synthèse et/ou la fonction de la protéine CFTR. La découverte récente de l’Ivacaftor pourrait constituer un tournant par l’efficacité de cette médication chez les patients porteurs d’une mutation de classe III et la validation de la démarche qu’elle semble apporter. Les résultats cliniques semblent spectaculaires, mais le recul est insuffisant et cette médication ne concerne actuellement qu’environ 4% de l’ensemble des patients. »

Recherche clinique : Leuven et Saint-Luc travaillent ensemble

La recherche clinique reste essentielle. Dans les principaux centres européens, elle est efficacement coordonnée par Eurocare CF. « Les centres de références de Leuven et de Saint-Luc ont fusionné dans ce contexte pour former le seul centre belge du réseau et bénéficier d’un accès privilégié aux études les plus pointues, se réjouit le Pr Lebecque. Une maladie rare et si hétérogène ne peut être efficacement investiguée qu’à un niveau multicentrique. » 

Les objectifs de la recherche clinique sont multiples ; ils concernent l’évaluation de nouveaux traitements symptomatiques et de molécules candidates comme « traitement curatif » de la maladie respiratoire, mais aussi le développement d’outils d’évaluation non-invasifs, reproductibles et permettant l’étude de patients peu malades. 

Développer des médications ciblées
De son côté, la recherche fondamentale (en laboratoire) œuvre notamment au développement de traitements ciblés par type de mutation du gène. Elle investigue aussi de nouveaux champs physiopathologiques impliqués dans la mucoviscidose et susceptibles de déboucher sur de nouveaux traitements (réaction inflammatoire, mécanismes de défense des poumons contre les bactéries…). 

A Saint-Luc, l’expertise du Dr Teresinha Leal et de ses collaborateurs dans l’exploration du potentiel nasal (un test physiologique reflétant spécifiquement chez le vivant l’activité de la protéine CFTR) et l’application qu’elle en a développée sur des modèles animaux de la maladie (souris transgéniques) ont permis de démontrer le potentiel correcteur de certaines médications. 

Un couple de généreux mécènes soutient la mucoviscidose à Saint-Luc

Le Baron et la Baronne Vincent Berghmans ont fait un don important en faveur de la recherche contre la mucoviscidose. 
Ce soutien majeur couvrira prioritairement le salaire du Dr Sophie Gohy pendant sa formation de deux années minimum, au terme desquelles cette jeune pneumologue - qui achève une thèse de doctorat s’investira à temps plein dans la prise en charge des adultes atteints de mucoviscidose, soit aujourd’hui 55% des patients du Centre de référence de la mucoviscidose. 
Le reste de cette somme servira à soutenir la recherche clinique dans un domaine de la médecine où des progrès déterminants sont en cours. 

Par ailleurs, Monsieur et Madame Vincent Berghmans ont offert leur soutien au projet urgent de réaménagement des locaux du Centre devenus trop exigus. Ces travaux de réaménagement permettront d’accueillir une recherche clinique très active et surtout de rencontrer de manière optimale les exigences du suivi en termes de prévention des infections croisées, un souci constant chez ces patients fragiles. 

Sans le mécénat privé, rien de tout cela ne serait possible. Que les généreux mécènes en soient infiniment remerciés !